En Mauritanie, la principale cause de suicide est le mal de dent … les problèmes existentialistes sont moins présents probablement quand les besoins de base ne sont même pas comblés.
Il m’est arrivé au cours de la mission de me poser des questions sur l’aide internationale, cette réflexion est importante car l’aide qu’on peut apporter à un peuple vivant à des années lumière de notre soit disant société évoluée n’est pas toujours bien orchestrée.
Alors on peut constater certaines aberrations dans l’aide apportée, ainsi une importante cargaison est arrivée en Mauritanie l’automne dernier de couches jetables, un touriste qui a visité la Mauritanie et qui a été touché du fait que les bébés ne portent pas de couches. Dans les villages ou ont été livrées les couches jetables, les bébés ont présentement les fesses dans un état terrible, l’épaisseur de la plaie sur les fesses est impressionnante, c’est une croûte et en plus les mouches sont omniprésentes sur les fesses de ces bébés.
Ce qui arrive c’est que les femmes ont trouvé intéressants d’avoir des couches jetables pour les bébés mais comme elles constatent l’état non permanent de ces couches elles laissent le bébé très très longtemps dans la même couche ce qui provoque plein de plaies sur les fesses de ces petits bébés. Et quand la couche est terminée … hop elle s’en va par terre. Alors on marche dans le village et en plus de tous les déchets il y a plein de couches.
Dans un autre village, on nous a raconté qu’on avait envoyé des brosses à dents, on fait quoi avec des brosses à dents quand on a pas d’eau…et bien deux ou trois jours après toutes les brosses à dents étaient par terre.
Ce que j’ai apprécié de l’organisme avec lequel j’ai fait ma mission, c’est que leur objectif est de les soulager et non de les changer, c’est très louable comme objectif.
Lors de notre deuxièeme journée de déplacement, nous avons croisé une famille en chameau, ceux-ci se déplacaient vers Atar, la ville qui a été notre point de départ. Dans cette ville de Atar se trouve un hôpital.
La jeune fille souffrait d’un affreux mal de dent. Cette famille en avait pour deux jours de marche pour arriver à Atar. Pour faire soigner la jeune fille ils devraient payer le dentiste à Atar. Comme ce sont des nomades, ils n’ont pas d’argent, alors ils transportent avec eux tout ce qu’ils possèedent et devront les vendre dans les marchés à Atar pour payer les soins requis. Donc couverture, théière, réchaud et si nécessaire devront vendre le chameau.
Lorsque nous les avons croisé, notre interprèete leur a expliqué qu’un dentiste était présent, comme on ne pouvait faire les soins directement comme ça, il leur a donc proposé d’attacher le chameau et de monter avec nous jusqu’à notre prochain campement et que le lendemain lors de notre installation on pourrait soigner la jeune fille. Ils nous ont donc accompagné, car il y toujours de la place dans les 4×4 en Mauritanie, on a déjà été 14 à l’arrièere.
Le lendemain après les soins, c’est-à-dire une bonne extraction le conducteur du 4×4 est allé les reconduire au chameau qui les attendait.
On leur a donc éviter 4 jours de marche, de vendre une partie de ce qu’ils ont. À la fin de cette journée je ne posais pas de questions sur le sens de la mission.
J’imagine que ces gens croisés par hasard vont se souvenir de votre mission toute leur vie.
C’est comme un cadeau du ciel qui leur est tombé dessus au bon endroit et au bon moment.
J’adore les photos du chameau en passant!